Peinture expressionniste

On me demande souvent  pourquoi mes personnages sont gros...A y réfléchir, car d'abord je peins à l'instinct, ils sont gros du vide de nos vies,ils sont gros du rien ,de l'avoir au lieu de l'être ( je pense à Souchon ,Foule sentimentale ) Ils ont fait des selfies en veux tu en voilà, ils ont photographié leur plat au restaurant et ont partagé sur les réseaux .ils se sont précipités au moment des soldes sous les grilles à peine ouvertes du magasin...et j'en passe ....

 

Ancien musicien et comédien de théâtre, Denis Blondel peint depuis plus de vingt ans.
Selon ses propres propos, il peint sa colère, sa colère devant un monde qu’il ne peut se résigner à accepter, dans un mouvement de pessimiste existentiel qui n’exclut pas des éclairs de gaité, une façon d’exorciser la cruauté d’un univers impitoyable.
Il peint ses états d’âme, son humeur, ses émotions de l’instant, tentant de les restituer par une gamme de couleurs allant du noir terreux au plus lumineux des blancs, alternant pesanteur et vol, gravité et légèreté… Son geste est véhément, recourant aux grattages, aux griffures, aux balafres, aux empâtements sauvagement maçonnés, dans une posture qui évoque l’expressionnisme viscéral d’un Soutine mâtiné d’Eugène Leroy. 
Ses personnages sont nus, fragiles, inadaptés, paumés, rafistolés, désemparés, démembrés et recousus à la va-vite, mais leurs chairs, même réduites en lambeaux pendouillants, palpitent et résistent, hurlent à tue-tête leur désir de faire face, de survivre, de résister…
Denis Blondel sonde les corps au-delà de leur épiderme, les fouaille, arrache les peaux et les masques pour en révéler l’identité profonde, leur mal-être mais aussi leur immense capacité à protester, à refuser la défaite, à vouloir recréer un univers à la mesure de leurs aspirations.

 

Louis Doucet